L'écriture et l'audace d'oser

C’est tenter de décrire le regard que je pose sur la trame dans laquelle je danse aussi.

Quand la frénésie d’écrire me cheville au corps, les mots défilent dans ma tête et il n’y a qu’une issue : c’est jeter toutes les lettres qui me montrent l’image. C’est libérer et sculpter mes pensées.

C’est aussi une mélodie qui se pose comme des pattes de mouches sur les lignes.

Le verbe devient action.

La phrase est ma gourmandise.

L’histoire est mon gâteau.

Sa publication, ma cerise.

Le texte me montre le chemin que j’empreinte pour me voir, pour décrypter mon humanité.

Ecrire, c’est déplacer le curseur des limites imposées par mon vécu et cela se fait par un geste anodin, presque banal.

Mettre des idées sur le papier, façon journaling, c’est décharger son mental pour l’entendre.

Et puis écrire c’est aller chercher la beauté des lettres, des mots et de mon âme.

La prose devient poétique et les couleurs qu’elle évoque mettent en effervescence mes sens.

Elle met en exergue parfois l’animalité de ma nature humaine.

Et ça c’est la surprise qui incite à aller plus loin.

Connectée à mon cœur, l’inspiration glisse dans mes veines.

Je rentre en prière dans un espace où plus rien n’existe autour, sauf cette grâce parfois douloureuse, presque vitale d’écrire.

L’écriture est vivante, pleine, elle est le réservoir qui parle de mes émotions, de mon inconscient, de mes désirs profonds.

Écrire, c’est une manière de témoigner de la vie.

Cette vie que je mène pour découvrir ses mystères et telle qu’elle se révèle à moi dans cette quête.

Ecrire c’est essayer de comprendre comment elle me transforme.

C’est tenter de décrire le regard que je pose sur la trame dans laquelle je danse aussi.

Les univers inventés m’emmènent en voyage dans toutes les sphères de la création.

Mes ressentis me parlent de cette odyssée intérieure.

Ce que j’écris a déjà été formulé par d’autres mais pour moi ces mondes sont inconnus.

Ainsi j’emprunte d’autres voix, d’autres personnalités, non pour me fuir, mais pour mieux me rencontrer.

 

Écrire m’oblige à sortir des sentiers battus, des schémas appris, des cadres familiers, des formes rassurantes.

Je quitte mes habitudes et j’ose être autre et vivre mon inspiration.

Ecrire est une exigence intérieure, un contrat non négociable avec soi.

L’audace est là.

Dans ce mouvement intérieur j’accepte de ne plus me reconnaître tout à fait.

Dans cette liberté de devenir, par l’écriture, la multitude plus vaste que le destin ne peut me faire vivre.

Oui mais, parce qu’il y a un mais… Il faut de l’audace pour oser.

Oser se libérer du joug familial et environnemental.

Peut-être pour accuser, mais surtout pour m’émanciper.

Quitter ce que j’ai connu pour aller vers ce qui m’interpelle, résonne et m’appelle.

C’est dépasser la frontière de ma timidité pour l’alchimiser pleinement.

La vivre comme une sensibilité d’une tendresse infinie. Elle est là, pourquoi la nier ?

Oser, ce n’est pas devenir plus dur mais c’est réhabiliter cette délicatesse comme une qualité.

C’est accepter cette fragilité qui m’émeut chez l’autre et que je porte en moi. C’est rester sensible sans me cacher.

Ecrire, c’est m’autoriser à apprivoiser mon mental, cette voix intérieure qui dénigre, diminue, rapetisse.

Le vrai tyran murmure à l’intérieur, avec mes propres mots, ceux-là même qui s’écrivent et qui me construisent.

C’est oser l’authenticité, ne plus mentir ni à soi ni aux autres.

Parler vrai c’est s’offrir au jugement, à la critique pour prendre place.

C’est s’affranchir du politiquement correct sans s’imposer.

Choisir des mots justes, nuancés, porteurs de lumière et accepter de travailler mon ignorance pour rester sur le chemin de l’humilité.

Oser, c’est aller vers l’inconnu, sortir du cadre, abandonner ma zone de confort et lever le voile sur le monde.

Le risque de l’échec est à accepter et parfois même à provoquer pour se challenger.

Chaque marche ratée est un tremplin pour un ailleurs.

C’est rebondir sans promesse de réussite.

Et continuer malgré tout.

Oser, c’est avoir le courage de sa liberté en oubliant le confort garanti.

Vivre libre c’est oser les obstacles, les détours, les falaises à escalader, les montagnes à gravir, les accidents de parcours, les lignes de fuite.

Cette liberté peut paralyser, faire peur mais avec elle on apprend à devenir capable de traverser le pire.

Quand on ose, on évolue en cessant de se trahir pour vivre sa vie.

Cette audace-là, je la retrouve ces jours-ci dans Mon père d’Orhan Pamuk.

Ce livre est l’histoire d’un fils qui devient écrivain pour dompter son anxiété de la vie.

Un père, un homme qui aimait la culture, la littérature.

Il partait souvent, laissant femme et enfants sans nouvelle pendant de très longues périodes.

Ces espaces d’incertitudes, ces absences répétées ont forgé la plume de cet auteur.

En lisant ce livre, je me suis fondue dans ce texte.

J’y ai retrouvé les vides, les colères, les absences qui me poussent à écrire et prendre la plume pour dire le monde, les humains, les failles de la société et tout ce que je trouverai à dire sans me brimer.

Vivre cette énergie intérieure m’intime l’ordre de dire, de montrer, de rendre compte de toute la palette de la vie.

Dominique Sotiras

Chroniques d'une femme qui reprend sa voix

Par Dominique Sotiras

L’essentiel en face

J’écris. Enfin!

Je m’appelle Dominique Sotiras.
Après des années à écouter les autres, je m’écoute un peu.
J’observe, je cogite, je m’agace, je ris de moi et de la vie.

L’écriture est mon terrain de jeu et de vérités, les miennes bien entendu.
Vous y trouverez des textes qui sont reflets de mes pensées du jour, réflexions du moment et autres exercices qui entrainent ma plume et mes révoltes aussi.

Je ne cherche ni à convaincre ni à plaire : juste à écrire, à être lucide, et à prendre place dans ce monde.