Rêver d'un ailleurs

Un projet, une ambition, une nécessité en cours d’écriture

Il y a des textes qui naissent d’un fourmillement au bout des doigts, et de quelques pensées sur un malaise discret dans nos vies bien organisées. Quelque chose qui s’est mis à grincer sans faire de bruit.

Ce que je publie ici est le début d’une aventure en votre compagnie.

C’est une nouvelle ou un roman en train de se faire.

Un récit qui avance chapitre après chapitre, au rythme de mon inspiration. Aucun plan n’a été élaboré, juste un début et un objectif choisi.

J’écris l’histoire d’un homme ordinaire qui a une vie réglée, avec une routine confortable.

Une vie qui le rassure mais qui l’étouffe.

Cette histoire parle d’un cheminement.

Elle parle de fissures.

De ce qui se craquelle doucement.

De ce qui est accepté trop longtemps par loyauté, par peur, par habitude.

Elle parle d’un changement, d’un virage à négocier, d’un chemin ordinaire et presque initiatique.

Publier ce texte, en cours d’écriture, est le choix du partage.

Celui de laisser voir mes hésitations, mes silences, la mélodie qui se compose.

Ici, la performance littéraire sera quand ce livre sera terminé.

Il est question d’un récit qui se construit ; pas à pas, au plus près de mes humeurs du moment.

Bienvenue dans cet espace de travail ouvert.

Là où je ne sais pas où l’écriture nous mènera mais qui je l’espère vous plaira.

Les textes vous parviendront tous les jeudis dans ma newsletter.

Chapitre 1 : Par un matin pluvieux…

Un rai de lumière dessine le contour de la fenêtre derrière les tentures. Hugo ouvre les yeux. Il reste un instant immobile dans le fouillis que la nuit a organisé dans les draps et les couvertures. Il écoute les bruits de la vie alentour. Il lui semble que la pluie tombe martelant doucement les persiennes. Son nez est tout froid.  L’air humide de janvier s’infiltre par la fenêtre entrouverte, portant avec lui l’odeur de la terre mouillée.

Il tourne la tête, tend son bras et la place est vide à ses côtés. Carole est déjà levée. Son visage émerge de sa planque et la douce odeur du café qui s’échappe de la cafetière le fait sortir du lit. Il enfile ses pantoufles, son peignoir et debout passe devant la salle de bain.

Elle a une voix cristalline. Carole chante sous la douche ce matin.

Hugo inspire profondément et en expirant se dit qu’il a de la chance.

Il confirme qu’il pleut, la pluie crépite sur le puits de lumière dans le couloir. Encore une météo qui va faire déborder les caniveaux. Quelques annonces d’inondation sont à prévoir à la radio.

Ambre dort encore. Le silence est le plus total devant sa chambre. La porte est fermée et le fameux panneau « Interdiction d’entrer ! Sauf Urgence ! » est bien en place. Elle a 15 ans. Hugo n’est pas son père. Elle avait deux ans quand il a rencontré Carole. Un joli bout de chou qu’il a pris sous son aile comme sa maman.

Quand il y repense, c’est lointain. Le temps a fait son œuvre. Les habitudes se sont installées au rythme d’un métronome très lent mais apaisant. Malgré les aléas du quotidien qui viennent parfois troubler cette tranquillité.

Les mains dans les poches, il s’engage dans l’escalier, Ulysse est là aussi. Sacré cabot ! Deux pattes sur son torse pour une caresse et lécher les joues de son maître. Toujours aussi joueur malgré les années. Il est son lièvre quand il court trois fois par semaine pour s’entretenir physiquement. Ensemble ils descendent dans la cuisine pour mettre en place la table du petit déjeuner.

Une fois fait, il remonte à l’étage pour réveiller l’adolescente qui n’entend plus son réveil depuis son anniversaire. Dans sa chambre, sur son bureau, siège un ordinateur qui lui a été offert mais qui reste actif trop tardivement dans la nuit. Il toque à la porte et dit :

-       Ambre ! C’est l’heure ! Le petit déjeuner est prêt !

Dans le couloir, il croise sa compagne qui toute fraiche prend le relais devant la porte de sa fille.

Hugo file vite prendre une douche chaude et le parfum du savon de Marseille qui le rassure sont excellents pour le réveiller complètement. La simplicité, rien de mieux.

Mince ! il a oublié de sortir ses habits. Trop tard, il est mouillé.

Il est contraint de sortir de la salle de bain avec seulement une serviette éponge autour du bassin.

Tant pis ! Pour une fois !

Vite, un pantalon, une chemise, ses chaussures et hop ! Un bon café avant de partir rejoindre son boss et ses collègues.

Plus loin dans le couloir, Carole bataille avec Ambre. Injonctions sur injonctions, rien n’y fait ! Elle décide d’enfreindre toutes les conventions et entre dans la chambre. L’adolescente est réveillée mais lambine encore, engourdie par la fatigue. La jeune fille bouge sous la couette, finit par ouvrir les yeux, les cheveux en bataille, et grogne :

-       Ouais…j’arrive…

Elle a un principe : ne pas céder aux parents trop tôt dans la journée. Elle lève la tête et s’aperçoit que sa mère est près de son lit. Elle lui lance en haussant le ton :

-       Tu as oublié notre accord. Cette chambre est la mienne et tu es la bienvenue quand je te l’autorise !

-       Quand tu te réveilleras à l’heure, alors tu pourras me rappeler tes consignes, répliqua sa mère en grimaçant, en attendant, lève-toi et habille-toi !

Dans la cuisine, la pièce centrale de la maison, la famille se rejoint comme chaque matin. Le même rituel comme un rappel au monde se vit avec la bise sur la joue pour dire bonjour. Ambre s’installe à table, les yeux encore mi-clos. Elle prend son petit-déjeuner avec lenteur sans dire un mot. Hugo veille à la ponctualité de la jeune fille. Il regarde sa montre. Il se demande s’il doit lui rappeler l’heure, puis se lance :

-       Je te rappelle que le bus a des horaires à respecter. Il est déjà tard !

Mais pour toute réponse, il n’a que le cliquetis des cuillères qui valsent dans les tasses, et les couteaux qui raclent la surface des tartines pour étaler le beurre, avec en fond, l’eau du ciel qui chante sur les vitres de l’office.

Dans cette mélodie rassurante, il apprécie le moment avant d’affronter toute l’agitation extérieure. Aux infos, le monde s’enflamme un peu partout. Les gens deviennent anxieux. L’agressivité des réseaux sociaux file comme des traînées de poudre.

Soudain, l’adolescente le sort de sa torpeur. Elle se réveille et râle pour obtenir un peu plus d’argent de poche, et plus de liberté. Hugo, le café au bord des lèvres, suspend son geste.  Ces revendications se font répétitives depuis quelques temps. Le consensus des parents qui se pose ce matin est le suivant :

-       On voit cela ce soir, tu veux bien ?

Hugo sait cultiver le silence pour se préserver de toute influence et de se protéger des autres.

Après un bref retour au calme, l’agitation reprend de son élan pour ranger les tasses dans l’évier et libérer la table pour le soir. Chacun a sa tâche. Ils se frôlent les uns les autres sans parler, juste la rapidité des gestes annonce que c’est l’heure de partir pour une nouvelle journée.

Ulysse se fait petit dans son panier et pour un border collie ce n’est pas rien. Allez, une caresse sur sa tête, trench sur le dos, Hugo s’apprête à partir travailler. Carole et Ambre se sont déjà éclipsées. Elles ont oublié de lui dire « Bonne journée ». Il faut avouer que bonne, comment le sera-t-elle, avec toute cette pluie. Mais c’est bien la première fois qu’il se retrouve le dernier à partir de la maison. Il secoue légèrement la tête et balaie ses interrogations d’un : Oust ! On verra cela plus tard !

Dehors, c’est la pluie drue. La chaussée est glissante. Les parapluies courent en tous sens pour se mettre à l’abri. Les feux des voitures donnent au paysage une sensation d’apocalypse à venir.

Il est des jours qui annoncent dès l’aube, la note pour la journée. Une envie de rebrousser chemin et de laisser faire la fatigue que l’on accumule sans la nommer. Lui donner le premier rôle pour qu’elle nous épargne d’autres intempéries que la pluie.

Hugo prend une profonde inspiration. La journée vient à peine de commencer, et déjà, il a un mauvais pressentiment. Quelque chose de subtil et d’insaisissable a commencé. Il y a dans l’air, quelque chose de neuf, quelque chose qui lui échappe.

Par ce matin pluvieux, Hugo se sent à la fois invité et menacé par une énergie invisible. Comme un grain de sable qui s’infiltre dans un mécanisme parfaitement huilé. Cette journée ne démarre pas comme d’habitude. Sera-t-elle à marquer d’une pierre blanche comme on dit ?

Dominique Sotiras.

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Chroniques d'une femme qui reprend sa voix

Par Dominique Sotiras

L’essentiel en face

J’écris. Enfin!

Je m’appelle Dominique Sotiras.
Après des années à écouter les autres, je m’écoute un peu.
J’observe, je cogite, je m’agace, je ris de moi et de la vie.

L’écriture est mon terrain de jeu et de vérités, les miennes bien entendu.
Vous y trouverez des textes qui sont reflets de mes pensées du jour, réflexions du moment et autres exercices qui entrainent ma plume et mes révoltes aussi.

Je ne cherche ni à convaincre ni à plaire : juste à écrire, à être lucide, et à prendre place dans ce monde.