Ce lundi avant Noël...Un conte

Je pense à tous ceux pour qui ce jour de fête n'a pas vraiment de sens ou qui aimeraient qu'un vrai sens lui soit donné.

Mes pensées vont vers ceux qui subissent une rupture, une séparation, un deuil, un exil, une maladie, une hospitalisation douloureuse ou pas, un EHPAD pas toujours bienveillant, une injustice, une vie dans la rue, une dictature, une guerre… et à tous ceux qui auraient besoin que l’humanité se réveille pour le sourire retrouve le chemin de leurs lèvres.

Je pense à tous ceux que la vie cabosse, déchire et oublie, en cette période!


Les fins d’années nous incitent à verser dans cette abondance du consumérisme. Quelles sont leurs origines ? Existent-elles pour cela ?Vraiment ?

L’heure des cadeaux et de la bonne bouffe ! Encore que sur cette dernière, il y a beaucoup à dire entre conservateurs et additifs en tous genres peut on appeler cela des mets d’excellence ? Mais pourquoi se réjouit-on de toutes ces friandises et autres gourmandises salées, sucrées…?

Noël a t-il encore un sens ? La légende raconte une histoire qui touche nos coeurs mais dans la réalité qu’en est-il? Pour quelles raisons sommes-nous si accros à cette fête ?

Autant de questions auxquelles je vous laisse répondre ou pas.

Pour ma part, je sais quel chemin prendre pour éviter certains pièges d’une société qui incite plus à acheter qu’à fêter.

Et non, la fête n’a pas besoin de champagne, de chocolats….Elle a pas besoin de déguisements hors de prix, de bolducs ou de petits plats dans les grands pour quelques heures de faux-semblants. Elle a besoin de chaleur humaine, de joie, de partages, de présence, de bienveillance et de cohérence pour envelopper le tout.

Bref! Oui je sais pour une fois cette newsletter prend une autre forme, celle d’une voix qui ose et se révèle enfin en dehors des textes que je publie.

Un conte de Noël, ça vous dit ?

10 mn de lecture c’est bon pour le moral.

Joyeux Noël!  
Décembre ! Elle n’a rien vu venir ! Agathe se sent morose, pas triste, juste un peu grise. Elle sera seule pour les fêtes. Le monde bouge autour d’elle. Les gens s’activent pour préparer les fêtes de fin d’année. Elle se souvient…Stop à la nostalgie ! Ces fêtes ne sont plus ce qu’elles étaient et Noël, plus du tout le même attrait. Ce jour sacré ne produit plus sur elle, le même effet. Plus de famille, pas d’amis, des relations de travail et dans le quartier quelques personnes qu’elle connait depuis longtemps mais…oui mais !  

Son travail l’épuise. Elle bosse toute la semaine sans relâche et non-stop du lundi au samedi. Son téléphone reste muet le plus souvent. Les copains ça va, ça vient, mais aucune amie ou ami avec qui partager. Côté sentimental, le dernier est parti comme un voleur sans explication et depuis c’est le désert qui brûle. Alors, l’amour, elle n’y croit plus. Quarante-cinq ans, l’heure du bilan sonne ! Elle a appris à travailler, compter et se résigner en silence. Il manque quelque chose ! 
 
Là-haut, dans les hautes sphères, ils sont tous inquiets. Pour cette fête de la nativité, ils aimeraient bien l’aider et lui filer un petit coup de pouce. Elfes, fées, gnomes et lutins se mobilisent pour lui offrir ce qu’elle désire le plus. 

Mais voilà ! Que veut-elle aujourd’hui ? Elle grimace devant tout et sur tout. Ses rêves sont enfouis bien profond dans les abysses de son cœur. Son désir de vivre est en veille. Sa flamme se consume et risque l’extinction. Ce matin encore, elle a soupiré à son réveil. Elle sort de son lit avec difficulté pour aller ouvrir ses volets. Elle se dit qu’elle vieillit. Son dos met plus de temps à se déverrouiller chaque jour et son oreiller est tellement plus douillet !
 
Elle sourit mais ne rit plus. 
Erine, sa collègue de travail lui a fait remarquer qu’elle s’engageait sur le chemin de la mélancolie. 

L’année dernière encore, elle profitait de l’ambiance festive de sa ville. Avec Jean, elle allait sur le marché de Noël. Elle se promenait dans les rues pour admirer les illuminations son appareil photo à la main. Cette année, les vitrines éclairées semblent appartenir à une autre espèce humaine que la sienne. Une espèce qui a encore quelqu’un à qui penser pour rentrer le soir : une famille, des enfants, un amoureux. 

Ce qu’Agathe ignore, c’est qu’à cet instant précis, dans l’interstice de ce soupir et des pensées qui l’assaillent, les bienfaiteurs de l’invisible viennent d’ouvrir un dossier à son nom et c’est urgent !  

Ces protecteurs de l’invisible, ces anges-gardiens ne prétendent jamais sauver qui que ce soit. Leur travail consiste simplement à faire en sorte que les bonnes personnes se croisent au bon moment… et décident de rester.  

Ce matin, la bruine tombe doucement dans la lueur du jour qui se lève. Léo tout emmitouflé, sourcils interrogateurs et les yeux grands ouverts cherche son chemin. Il hésite à franchir une porte, regarde autour de lui, songe à la dernière fois où il a cru en quelque chose. Sa compagne Gilda s’arrête. Elle écoute le vent. Elle observe un passant et fredonne un air léger malgré la pluie. Ce dernier la regarde et amusé sourit. Elle rayonne comme un soleil. Elle a l’étincelle de la curiosité dans le regard. Ils sont en mission.  Léo est un vieux lutin lucide, fatigué, un peu cabossé par la vie. Il ne croit plus trop en la magie mais s’émerveille encore devant les décorations de Noël. Ce jour de fête qui réunit ceux qui se reconnaissent. Gilda est d’une intelligence du cœur exceptionnelle. Elle a une intuition très juste. C’est un être hypersensible et sensitive.  A eux deux, ils forment un binôme d’amitié éternelle. Lui par sa sagesse et elle par son amour de l’insolite. Ils aiment quand les gens qu’ils croisent s’illuminent de bonheur.  

Il est 8 h. Dans un souffle d’air, Léo s’engage dans le Café des gens nouveaux suivi de sa compagne. C’est l’endroit idéal pour démarrer la journée. Le regard de Gilda pétille de malice quant à la gourmandise qu’elle va pouvoir savourer. Un bon chocolat chaud avec beaucoup de crème sur le dessus. Léo fait une sorte de moue en dodelinant de la tête. Mais quelle gourmande !! Il se lève et se rapproche du comptoir derrière lequel une dame très enjouée de bon matin s’active. C’est la propriétaire des lieux. Un lutin est toujours prêt à entamer la conversation se dit-il avec n’importe qui ! Sa mission est sa priorité. Léo est sur le point de se lancer quand soudain le « glin-glin » de la porte attire leur attention. 
-	Bonjour Agathe ! Un café allongé comme d’habitude ? 
-	Oui s’il te plait Maguy. Il pleut encore ! j’en peux plus de ce temps ! J’ai bien envie de retourner me coucher ! 
-	Ben dis donc, ma jolie, c’est pas la joie on dirait …répond la patronne. 
Léo est au bar et laisse trainer ses oreilles. Son cœur se pince. Il se tourne vers Gilda et lui fait un clin d’œil en lui montrant la nouvelle arrivée. Du bout des lèvres, il lui forme les mots : C’est elle ! 
Gilda qui par son charisme égaie bien des situations, se rapproche d’Agathe.  
Ce matin, Agathe dans son marasme a pioché un pull sur l’étagère et l’a enfilé rapidement. Vite les mains dans ses cheveux ont fait office de peigne. 
Et hop ! Elle est juste à l’heure pour aller boire son café en bas. 
Elle a zappé son image dans le miroir et n’a rien vu.  
Maligne et diplomate, Gilda s’assoit à côté d’Agathe et lui indique gaiement qu’elle aura une bonne surprise aujourd’hui puisque son pull est coté envers ! 
-	Remarquez c’est joli même comme cela. Il parait que c’est aussi à la mode. 
-	Oh ! oui ! c’est vrai ! sourit Agathe. Tant pis, Mes petits vieux n’y verront que du feu. Et puis je ne suis pas une gravure de mode ! 
-	Ah…Pourtant sous ces jolies boucles rousses, ces taches de rousseur et ses yeux verts…Votre beauté n’est pas artificielle. 
Agathe ne sait que répondre. Elle penche la tête et ramène les mains sur son cœur. L’eau monte à ses yeux. Il y a bien longtemps que quelqu’un ne lui avait fait un si joli compliment. 
Gilda interpelle son acolyte et lui demande son avis. Elle lève la tête vers Maguy et l’interroge aussi. Tout le monde en convient, cette jeune femme est d’une beauté simple, apaisante et bouleversante.  
Agathe frissonne et se secoue un peu comme pour revenir dans le monde normal qu’elle connait. Elle sourit, boit son café à grande lampée parce que l’heure tourne et elle ne veut pas être en retard. 
-	Merci à vous pour ce matin chagrin qui se mue en un matin câlin. Aller oups ! je m’en vais. Maguy, met le café sur ma note s’il te plait ! 
Encore un Glin- Glin et la voilà enfourchant son vélo pour aller travailler sous la pluie.  

Pendant ce temps, Rue des glycines, la vie reprend son cours. Les boutiques s’ouvrent. La vie du quartier s’anime.  

Léo et Gilda se concertent. Nous sommes le 24 décembre et c’est le réveillon. Comment procédons-nous ?  De son côté, Maguy écoute sans écouter et pense à cette jeune fille qu’elle affectionne. Elle n’a pas eu la chance d’avoir un enfant. Elle a pris Agathe sous son aile à la mort de ses parents. Elle la regarde et veille sur elle discrètement. C’est la première année où elle fêtera Noël toute seule. Elle aimerait bien lui offrir un moment de chaleur humaine pour qu’elle retrouve le sourire. 
Notre binôme, Léo et Gilda, qui a cette faculté incroyable d’entendre les gens penser, sourit.  Maintenant il leur faut trouver un logement pour la nuit. 
Demander à Maguy de les laisser dormir dans le café ne fait vraiment pas sérieux. 
En payant leurs consommations, ils la remercient pour sa bonne humeur et ses services, et lui demandent de lui indiquer un lieu qui leur permettrait de passer la nuit. 
-	Ça tombe bien, j’ai une chambre à l’étage ! C’est pas le grand luxe mais c’est cosy tout de même. C’est Agathe qui m’a aidé à la décorer. 
-	Oh ! Quelle bonne nouvelle lui répond Léo. 
-	Cependant, cet endroit ne fait pas office de restaurant. 
-	Ce n’est pas grave ! Gilda a quelques rondeurs et moi quelques bourrelets qui pourront se satisfaire de frugalité. 
-	Mais c’est Noël ! Je suis bien triste de vous laisser sans possibilité de vous sustenter. Vous me semblez honnêtes. Je vous propose de venir à ma table partager mon réveillon. Cela me fera de la compagnie. Un peu de vie dans ma solitude ne me fera pas de mal dit-elle en souriant. Peut-être même que cela incitera Agathe à accepter mon offre pour ce soir. 
-	Quelle merveilleuse idée ! cette jeune femme nous semble bien triste en ces jours de fêtes répond le duo. 
En se serrant la main, les protagonistes scellent leur accord.  
Nos deux lutins vont se promener dans les rues adjacentes pour repérer les lieux et laisser leur flair agir. Certes les voila engagés pour un réveillon de Noël mais arriver les mains vides n’est pas de coutume sur la planète bleue et puis rendre grâce à leur hôtesse pour son hospitalité est l’objectif surtout.  
Cheminant dans cette jolie ville du Vallon des Charmes, ils rencontrent à nouveau le Monsieur que Gilda a vu ce matin même près du café. La pluie a cessé et il est entrain de mettre en place son étal devant son commerce. Il est fleuriste. Que de couleurs chatoyantes se répandent au fur et à mesure. Les Etoiles de Noël d’un rouge pétant attire l’œil de nos deux comparses. Ben voilà ! une jolie entrée en matière !  
-	Bonjour Monsieur le fleuriste déclare Léo, nous aimerions faire un cadeau à une amie pour le réveillon et vos Etoiles de Noël ont eu la magie de nous inciter à entrer dans votre boutique. 
-	Quel endroit tout à fait charmant et les senteurs qui s’y respirent nous offrent l’opportunité de sourire aux anges ! Voilà un bien joli coin de paradis que vous gérez dit Gilda -	Hum ! hum ! toussotant et ne sachant que dire à ce compliment… 
Son air surpris interpelle nos lutins mais ils savent ! 
-	Merci pour vos jolis mots, cela fait du bien à mes oreilles répond enfin Alexis. Surtout en cette veille de fête qui semble plus triste que les autres années. Les clients se font rares et j’en suis à me demander, depuis quelques mois, si fermer boutique ne serait pas mieux. 
-	Allons donc, renoncer à cet univers n’est pas le bon chemin. Je lis sur votre visage que ce n’est pas l’argent qui vous manque mais autre chose. Gilda est toujours à tendre la main à qui en a besoin. 
-	Ce n’est pas tout mais nous sommes venus pour acheter une Etoile de Noël pour Maguy dit Léo 
-	Oui c’est vrai, je me perds toujours un peu dès que je sens quelqu’un d’aussi résigner que ce monsieur. Se tournant vers le fleuriste, elle tend la main et se présente. Je m’appelle Gilda et ce vieux grincheux s’appelle Léo et nous sommes ravis de faire votre connaissance. 
-	Je me prénomme Alexis et merci pour cette chaleur que vous m’offrez de bon matin. 
Léo désigne la plante choisie pour que le joli papier glacé vienne l’entourer. 
Alexis dans son élan, lance un : qu’il est bien heureux d’avoir des amis pour le réveillon ! 
-	Vous êtes tous seul ce soir ? interroge Gilda 
-	Oui depuis quelques temps je suis seul et les relations amicales se font de plus en plus rares. 
Elle se tourne vers Léo et lui lance un clin d’œil. Nous avons trouvé un autre convive pour notre réveillon. Léo hausse les sourcils et convient avec un sourire qu’il est tout à fait d’accord. Toute en joie, Gilda se retourne vers Alexis et pose son invitation à les rejoindre chez Maguy pour le soir même au café. 
-	Quelle bonne idée… dit-il sans grand enthousiasme mais touché par leur proposition. 
Nos deux lutins paient leur Etoile de Noël et demandent une livraison au Café des gens nouveaux, rue des Glycines pour 19 h. 
Un grand merci lui est chanté par nos deux complices et les voilà dehors se félicitant de leur avancée.  
Quelques heures plus tard, au café, le Glin-Glin résonne dans le silence. 
Le café est vide et Maguy envoie « j’arrive ! ». 
Elle est dans sa cuisine. 
Agathe vient boire un chocolat chaud avant de rentrer dans son chez elle toute seule. 
La patronne est déjà dans son office en train de préparer le repas du soir. Agathe connait les lieux et y déambule comme si elle était chez elle. 
-	Coucou Maguy, tu fais quoi ? Maguy lui confie que Léo et Gilda sont ses invités pour le repas de ce soir et lui propose de se joindre à eux. Agathe sourit légèrement et acquiesce du bout des lèvres de peur de gêner. Maguy lui signifie son manque d’enthousiasme. Agathe est contente mais a perdu l’habitude de se réjouir en toute occasion. Elle reste discrète. Elle sourit et lui fait une bise sur la joue pour lui reconfirmer qu’elle accepte volontiers.  

Encore un Glin-Glin ! 
C’est Léo suivi de Gilda ! De grands sourires se partagent entre tous. Gilda plus tactile que jamais, prend même Agathe dans ses bras pour lui donner l’accolade avec une bise sur la joue. Une vraie mère poule celle-là ! pense Léo en souriant. Léo en catimini annonce à Maguy qu’ils ont invité Alexis le fleuriste à se joindre à eux ce soir. Elle rayonne de bonheur et dans une révérence discrète lui dit qu’elle en sera enchantée. Tous prennent place autour d’une table et partagent les banalités courantes et nos deux lutins font part de toutes leurs découvertes en visitant la ville.  

Glin-Glin ! 
Un bonjour à l’assemblée est lancé. 
Un pot de fleur grandiose sur pattes fait son entrée. Une tête se démarque et Alexis demande :
-   Maguy s’il vous plait ? . 
-	Oui c’est moi ! C’est pour moi ? 
-	Oui si vous vous appelez Maguy, ce pot est bien pour vous. 
-	C’est vous mes petits coquins qui m’offraient ce Poinsettia ? merci infiniment ! 
Pendant que des effusions s’en suivent, Agathe regarde la plante avec émerveillement. Le pot est toujours entre les mains du fleuriste qui sourit de toute cette bonne humeur qui contamine. Alexis et Agathe se rencontrent. Une étincelle passe dans leurs yeux. Leurs pupilles se dilatent. Un sourire élargit leurs lèvres et la joie dans leurs cœurs se respire. Le temps s’écoule et ils sont seuls au monde dans ce ressenti d’enthousiasme vibrant d’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre. 
Les trois autres finissent par s’en apercevoir et sourient à leur tour pour s’attendrir sur ce coup de foudre qui éclaire toute la pièce. 
En voilà une jolie surprise en ce 24 décembre ! 
Un cadeau inoubliable. La vie reprend le chemin du rêve à concrétiser. 
La route de la joie est enfin dégagée. 
Autre ville, autre quartier, Alexis et Agathe viennent de se retrouver après 10 ans de silence. Un vrai cadeau en cette veille de Noël.  

Etheyas Soeren, 
Conteuse occasionnelle.

Etheyas Soeren, Chroniques de la femme qui reprend sa voix

Par Dominique Sotiras